Réseaux à rénover : pourquoi votre facture d’eau va grimper de 3,5% à 6% chaque année ?

Un locataire examine une facture d’eau dans une cuisine moderne
La hausse des tarifs de l’eau pourrait s’étaler jusqu’en 2040, selon une étude.

3,5% à 6% de hausse par an jusqu’en 2040, c’est l’ordre de grandeur avancé par une étude pour les tarifs du service d’eau potable. Pour l’assainissement, la trajectoire évoquée tourne autour de 3,5% à 4% par an. L’idée n’est pas de faire mieux tout de suite, mais de maintenir les infrastructures en état, dans un contexte où les coûts de production et de traitement montent. Le sujet touche directement le portefeuille, même si la facture d’eau pèse en moyenne autour de 1% du budget des ménages, contre 2% pour la téléphonie, selon Olivier Grimberg, directeur secteur public local de SFIL. Dit autrement, la marge existe sur le papier, mais l’acceptabilité sociale d’une hausse continue, année après année, reste un point sensible, surtout quand les prix augmentent déjà sur d’autres postes.

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La Banque Postale et SFIL projettent +3,5% à 6% jusqu’en 2040

L’étude portée par La Banque Postale, des intercommunalités et SFIL chiffre une trajectoire de hausse nécessaire pour suivre le rythme de renouvellement des réseaux. Pour le service d’eau potable, la fourchette annoncée va de 3,5% à 6% par an, et pour l’assainissement de 3,5% à 4% par an, jusqu’en 2040. Le message est clair, sans hausse régulière : le patrimoine vieillit plus vite qu’il n’est remplacé.

Le mécanisme est assez basique, mais implacable. Un réseau d’eau, ce n’est pas juste un tuyau, c’est un ensemble d’ouvrages, de stations, de captages, de canalisations enterrées, à entretenir et à remplacer. Quand le renouvellement est trop lent, les coûts finissent par réapparaître sous forme de fuites, de casses, d’interventions d’urgence, et de travaux plus lourds. La hausse tarifaire est présentée comme une façon de lisser la dépense plutôt que de subir des à-coups.

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Le même travail projette une montée des dépenses totales des services d’eau et d’assainissement. Elles étaient de 15,4 milliards d’euros en 2024, et le scénario tendanciel table sur une augmentation de moitié d’ici 2040, contre un doublement dans un scénario plus ambitieux. Là, il faut garder la tête froide : une projection n’est pas une certitude, mais elle donne une idée de la pente. Et c’est cette pente que les collectivités doivent financer.

La directive européenne Deru 2 renchérit le traitement des eaux usées

Une des raisons mises en avant est l’application de Deru 2, une directive européenne sur les eaux usées avant leur rejet dans la nature. Elle prévoit notamment l’élimination des micropolluants, ce qui implique des traitements plus poussés, donc plus coûteux. Dans la vraie vie, ça veut dire de nouveaux équipements, des procédés supplémentaires, des consommations d’énergie, et des dépenses d’exploitation qui s’installent dans la durée.

La facture d’eau n’est pas uniforme, et c’est un point qui compte quand on parle d’acceptabilité. Elle inclut une part eau potable, une part assainissement, et des taxes, avec une répartition souvent rappelée, 51% pour l’assainissement, 30% pour l’eau potable, 19% pour taxes et redevances. Si l’assainissement devient plus exigeant techniquement, la hausse peut se concentrer sur ce bloc, ce qui se voit vite sur la ligne totale payée par l’usager.

Autre nuance, la hausse ne se ressent pas pareil selon le logement. Dans l’habitat collectif, l’eau passe souvent par les charges, avec des consommations individuelles et une part pour les parties communes. Quand les tarifs montent, ce n’est pas seulement mon robinet, c’est aussi l’entretien, l’arrosage, le nettoyage. Et les prix varient selon les territoires, certaines régions étant plus chères que d’autres. Donc une hausse nationale en pourcentage se traduit par des montants très différents selon l’endroit où vous vivez.

Taxe, endettement, modulation : les collectivités cherchent 2,3 milliards possibles

Face au mur d’investissement, les collectivités ne parlent pas seulement de tarifs. L’étude évoque aussi une taxe facultative, levée par l’intercommunalité, qui était en moyenne de 9,2 euros par habitant en 2025, pour un plafond autorisé de 40 euros par habitant. Sur le papier, les auteurs évoquent jusqu’à 2,3 milliards d’euros de ressources supplémentaires, mais ils posent la question centrale : l’acceptabilité d’une telle hausse par les contribuables.

L’endettement est aussi cité comme levier, avec l’idée qu’il existe des marges de manoeuvre. C’est logique, financer des infrastructures longues par de la dette peut se défendre, puisque les réseaux servent sur des décennies. Mais il y a un revers : la dette se rembourse, et elle finit par peser sur les budgets locaux, surtout si les taux et les charges augmentent. Et politiquement, ce n’est pas neutre ; augmenter les tarifs est visible, augmenter la dette l’est moins, jusqu’au moment où il faut arbitrer.

La modulation du prix est une autre piste, discutée dans le débat public local. Des propositions existent autour d’une tarification qui intègre le coût des usages, avec une taxation plus forte pour certains loisirs très consommateurs, comme golfs, piscines individuelles, parcs aquatiques ou stations de ski, une partie pouvant servir à accompagner ces secteurs. Sur le principe, ça cible les gros usages, mais ça pose immédiatement des questions de mise en oeuvre, de contrôle, et d’équité, surtout entre communes touristiques et communes résidentielles.