CAF : 400 € perdus chaque mois pour 400 000 éligibles au RSA – le non-recours qui coûte cher

Une personne calcule ses pertes mensuelles liées au RSA non demandé
Le non-recours au RSA peut représenter plusieurs centaines d’euros par mois pour des foyers éligibles.

400 euros par mois qui restent sur la table, au minimum, pour environ 400 000 personnes pourtant éligibles au RSA. Ce chiffre, issu d’un travail statistique de la Drees sur le non-recours, donne une mesure très concrète de ce que signifie « ne pas demander ses droits » quand on vit déjà avec des ressources faibles. Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Au quatrième trimestre 2021, environ un million de personnes éligibles, soit 560 000 foyers, ne percevaient pas le RSA, avec une part de non-recours estimée entre 33% et 37%. Derrière ces pourcentages, il y a des budgets alimentaires, des factures d’énergie, des loyers, et des situations où un formulaire non rempli se transforme en perte mensuelle durable.

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Les ordres de grandeur sont lourds. Sur le quatrième trimestre 2021, la Drees estime qu’environ 33% à 37% des foyers éligibles au RSA ne le percevaient pas. Dans le détail, 42% des foyers non-recourants auraient un montant mensuel non perçu de 200 euros ou moins, mais 41% seraient à 400 euros ou plus, ce qui représente environ 410 000 personnes concernées par une perte d’au moins 400 euros.

Ce qui frappe, c’est la durée. Une part importante des foyers éligibles ne « rate » pas le RSA un seul mois, elle s’en éloigne dans le temps. La Drees indique que 22% à 25% des foyers éligibles ne le percevaient déjà pas depuis deux ou trois trimestres. Autrement dit, ce n’est pas seulement une question de retard administratif, c’est un non-recours qui s’installe, avec un manque à gagner qui s’accumule.

Une réalité alarmante : la somme qu’il manque aux retraités chaque mois pour vivre décemment

Autre point à garder en tête: les montants « théoriques » des droits des non-recourants ne recouvrent pas forcément ce que touchent les bénéficiaires effectifs. La Drees rappelle que les profils diffèrent, et que les montants versés varient beaucoup. On retrouve cette dispersion chez les allocataires, avec 23% à 200 euros ou moins, et 47% à 400 euros ou plus. Dit autrement, l’écart peut être très grand entre « être éligible » et « toucher un montant qui change la vie ».

Un RSA à 651,69 € en 2026, mais des déductions brouillent le montant

Sur le papier, le RSA 2026 pour une personne seule est à 651,69 € par mois. Le montant grimpe avec la composition du foyer, jusqu’à 1 368,55 € pour un couple avec deux enfants. Ces chiffres donnent un repère, mais ils peuvent aussi créer des attentes irréalistes, parce que le RSA est calculé en tenant compte de ressources et de mécanismes de déduction qui surprennent souvent au moment du premier versement.

Le point de vigilance le plus fréquent, c’est le forfait logement. Si vous percevez une aide au logement, ou si vous êtes logé gratuitement, une somme forfaitaire est retranchée. En 2026, elle est de 78,20 € pour une personne seule et peut monter à 193,55 € pour un foyer de trois personnes ou plus. Dans la pratique, une personne peut se dire « je devrais toucher 651,69 € », puis constater un montant inférieur après application de ce forfait.

Autre piège, la prise en compte de l’épargne via un revenu « fictif » calculé à 3% par an. Concrètement, 100 000 euros d’épargne génèrent un revenu mensuel théorique de 250 euros, ce qui réduirait un RSA estimé à 401,69 euros dans l’exemple donné. À 300 000 euros, le revenu fictif passe à 750 euros mensuels et peut rendre inéligible. Ce mécanisme ne signifie pas que l’argent tombe chaque mois, mais il pèse dans le calcul, ce qui peut décourager ou embrouiller des démarches déjà complexes.

France Travail impose 15 heures: la CAF doit concilier contrôle et accès aux droits

Le RSA est aussi devenu un dispositif avec des obligations explicites. Avec la réforme liée à France Travail, les bénéficiaires doivent s’engager dans un parcours d’insertion de 15 heures hebdomadaires. Dans les données de la Drees, l’immense majorité des bénéficiaires est concernée par ces « droits et devoirs », car 97% d’entre eux n’ont pas eu d’emploi ou ont eu des revenus d’activité inférieurs à 500 euros mensuels en moyenne sur trois mois.

Il y a une tension, et il faut la regarder en face. D’un côté, l’accompagnement et l’orientation par le conseil départemental peuvent aider à structurer un retour vers l’emploi, surtout quand la situation est instable. De l’autre, pour des personnes déjà en difficulté, l’empilement de démarches, la peur d’une erreur, ou la crainte d’être « mal jugé » peuvent alimenter le non-recours. Le résultat, c’est que des personnes éligibles ne demandent même pas, alors que le dispositif est précisément conçu pour garantir un minimum.

Les conséquences sont mesurables sur le niveau de vie. La Drees estime que 345 000 ménages pauvres, correspondant à 400 000 foyers sociaux, verraient leur niveau de vie augmenter en moyenne de 280 euros par mois si le non-recours disparaissait. Pour une partie d’entre eux, dont 39% sont des personnes seules sans enfant, ce gain moyen ne suffirait même pas à franchir le seuil de pauvreté fixé en 2023 à 1 288 euros pour une personne seule. Cela dit beaucoup de la fragilité budgétaire, même quand les droits sont ouverts et mobilisés.