Les grandes opérations se multiplient dans les FinTech. Yodlee, une société américaine fondée en 1999, qui développe une solution d’agrégation des données bancaires – 40 millions de personnes utiliseraient ses solutions dans le monde – espère lever 75 millions de dollars en s’introduisant en Bourse. Lending Club, une plate-forme de prêts entre particuliers fondée par le Français Renaud Laplanche, est déjà valorisée plus de 1,5 milliard de dollars et va aussi se lancer dans une IPO. Toutes ces entreprises ont un point commun : la volonté de bousculer le secteur bancaire et financier à coup d’innovations technologiques ou d’usage.

Les plates-formes de financement participatif ne cessent de faire parler d’elles. Elles permettent aux start-ups de récolter des fonds pour démarrer tout en se faisant connaître du public qui a décidé d’y investir, ou d’offrir un don avec contrepartie. Deux pépites françaises – Squadrone System et Giroptic – ont récemment affolé les compteurs sur Kickstarter en récolant plus de 1 million de dollars chacune, alors qu’elles n’en demandaient initialement que… 50 000 ou 150 000 dollars. Mais les innovations dépassent le seul cadre des crowdfunders.

Concrètement, les FinTech, ce sont les technologies associées aux services financiers, qu’elles soient à destination des particuliers (B to C) ou des entreprises (B to B). Une vaste notion qui regroupe des firmes ou des start-ups de toutes tailles avec des projets aussi différents les uns que les autres.

Nicolas Debock, directeur de participations chez XAnge

Par exemple, Stocktwits est une plate-forme regroupant les traders et les investisseurs pour échanger. Il devient ainsi possible de scruter ce qui se dit sur chaque titre boursier, ou de découvrir les valeurs dont tout le monde parle et dont se dégage une tendance. Si l’on quitte la sphère B to B, on retrouve aussi des projets « disruptifs ». GoCardLess, une start-up londonienne, permet ainsi aux individus d’effectuer entre eux des prélèvements bancaires automatiques. Un processus jusque là possible uniquement pour certaines entreprises comme des compagnies d’électricité ou des opérateurs téléphoniques qui seuls étaient autorisés à se connecter directement aux banques pour de telles opérations. Incubée au Y-Combinator, la société a levé 7 millions de dollars en janvier.

“Les premiers acteurs à s’être lancé dans les services financiers numériques sont des entreprises comme Zopa (GB) ou la société de lending peer-to-peer américaine Prosper Marketplace Inc” explique Nicolas Debock, directeur de participations au sein du fonds d’investissement XAnge, en charge des investissements dans les FinTech.

En France, figure notamment Afrimarket, une solution de transfert d’argent « cash to goods », pour un usage particulier, vers l’Afrique. Un utilisateur peut ainsi envoyer des fonds directement à un commerçant partenaire pour qu’un de ses proches s’y présente et y retire un bien particulier, après en avoir été notifié par SMS. Une concurrence pour les services historiques comme Western Union.

Concurrence pour les banques… Vraiment ?

L’application Lydia permet pour sa part de rembourser des proches rapidement avec l’envoi d’un e-mail ou la photographie d’un QR code, ou de demander un remboursement par texto. Côté crowdfunding, Prêt d’union, plate-forme de prêt de pair à pair a franchi le cap des 60 millions de crédits financés en janvier. Côté monnaies étrangères, le Français Weeleo veut en finir avec les traditionnels bureaux de change et faciliter l’échange de devise entre particuliers via une application mobile. Fondée par un ancien de l’Ipag qui, revenant de Séoul, souhaitait échanger ses wons sans perdre au change avec les commissions prises par les opérateurs classiques. Elle est aujourd’hui incubée chez Paris Incubateurs.

Mais le monopole des banques est-il vraiment menacé ? Bien que ces start-ups dépoussièrent les modes de fonctionnement, les banques gardent encore une position largement dominante, parfois écrasante. “Parmi ces nouveaux acteurs, certains vont s’appuyer sur les banques et d’autres vont les concurrencer” résume Nicolas Debock. Ce fonds français, filiale de la Banque Postale, a déjà investi dans six FinTech à travers l’Europe (The currency cloud, Smart Angel, Side Trade, KisskissBankBank, Harvest, Fidor Bank) et devrait signer avec une septième d’ici quelques jours. Nicolas Debock surnomme d’ailleurs les jeunes pousses qui s’appuient sur les services bancaires classiques – à l’image de No Bank (Compte-Nickel) – des “MVNO* bancaires”.

“Finalement, le métier des banques est d’être des intermédiaires, or le web est une machine à désintermédier et c’est ainsi qu’apparaissent des services de crowdfunding, de peer-to-peer lending” explique-t-il. Pour Yann Ranchere, directeur des investissements chez Anthemis – un fonds dédié aux FinTechs lancé en 2010 – la relation entre banques et FinTech est à double tranchant: « Elles fonctionnent souvent en collaboration mais les Fintech remettent agressivement en cause les modèles économiques des banques ». Mais pur lui c’est clair, « on est en présence d’une innovation de rupture », assure-t-il, citant en exemple le peer-to-peer lending et le compte-Nickel.

Les investissements dans les FinTech ont triplé en 5 ans

Certaines FinTech développent un service tellement complémentaire avec les services bancaires classiques qu’elles finissent par être rachetées. C’est par exemple ce qui est arrivé à l’américaine Simple, rachetée par la banque BBVA en mars 2014 pour 117 millions de dollars. Et sa consœur Santander a lancé le 2 juillet un fonds d’investissement de 100 millions de dollars dédié aux FinTech.
yann-ranchere

Yann Ranchere, directeur des investissements chez Anthemis

Mais le pouvoir des banques pourrait dans le même temps s’en trouver renforcé car les FinTechs créent un écosystème autour d’elles. « Les FinTech engendrent une réorganisation totale : les banques deviennent des plate-formes sur lesquelles des start-ups se greffent » explique Yann Ranchere, de chez Anthemis. Exemple: Leetchi, adossé à Crédit Mutuel Arkéa. Un lien de dépendance existe donc. L’évolution du marché dira dans quel sens.

Dans tous les cas, les investissements annuels dans les FinTech se sont envolés ces cinq dernières années. De 2008 à 2013, ils sont passés de 928 millions de dollars à 2,97 milliards de dollars, soit plus du triple, selon une étude publiée par Accenture. Et la tendance ne devrait pas s’inverser puisqu’ils devraient atteindre entre 6 milliards et 8 milliards d’ici à 2018. « Au cours des trois dernières années, les investissements mondiaux dans les FinTech ont augmenté quatre fois plus vite que les investissements globaux dans le capital-risque » explique l’étude.

Une tendance qui s’explique principalement par les besoins requis pour se plier aux nouvelles régulations que les banques doivent respecter et les réductions de coûts dans le secteur, selon le cabinet qui évoque également l’évolution des comportements des consommateurs.

Londres, capitale européenne des FinTech

Malgré tout, certains acteurs préfèrent rester indépendants et deviennent de plus en plus puissants à l’image de Lending Club. Un autre marché émerge: celui du financement à court terme de la trésorerie des PME. “Des entreprises comme Finexcap, Invx ou Iwoca se lancent dans cette nouvelle classe d’assets” commente Nicolas Debock.

Et la France dans tout ça ? “On voit passer de plus en plus de dossiers français, nous ne sommes pas à la traîne!” lance cet ancien d’Unilog. Il explique que, certes, New-York et Londres sont les places historiques de la finance et qu’il est donc logique que les FinTech européennes soient particulièrement concentrées dans la City.

En Europe, deux pays se distinguent particulièrement : le Royaume-Uni et l’Irlande. En 2013, ils ont représenté à eux seuls 69% des financements, soit 265 millions de dollars. Principale bénéficiaire : Londres. La place financière historique du Vieux Continent compterait déjà 135 000 personnes travaillant dans les FinTech selon l’étude. Cependant, la Silicon Valley se taille la part du lion avec 32% des investissements dans le secteur, loin devant les 13% de l’Europe. Mais, “avec l’assouplissement de la règlementation européenne, avoir une licence bancaire dans un des pays de l’Union européenne permet de lancer son service dans toute l’Europe” selon Nicolas Debock. De quoi équilibrer les comptes ?

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