Depuis sept mois, les 277 salariés de l’équipementier automobile en faillite se battent pour sauver leur emploi. Mais le sous-investissement et la mauvaise gestion des propriétaires successifs sont anciens.

C’est l’histoire d’un gâchis industriel commencé dans les années 1990 et qui se poursuit aujourd’hui. Placé en redressement judiciaire depuis décembre 2016, l’équipementier automobile GM&S, avec ses 277 salariés, attend toujours désespérément un repreneur. Alors que le tribunal de commerce de Poitiers avait fixé à mercredi dernier la date butoir pour déposer une offre de reprise, la décision est reportée au 23 juin, faute de candidat. Maigre consolation pour des salariés habitués depuis vingt ans à fréquenter les tribunaux de commerce et à être ballottés d’un repreneur à un autre.

«C’est simple, j’ai 29 ans de boîte et j’ai connu dix repreneurs», lâche Patrick Brun, délégué CGT devenu l’un des visages du combat des GM&S. La descente aux enfers a été à des années-lumière de ce que laissait présager l’arrivée du groupe familial Socomec dans la Creuse en 1962. «A l’époque, de Gaulle voulait que les industriels délocalisent dans les campagnes, qui se vidaient de leurs habitants, rappelle Patrick Brun. C’est dans ce contexte que Socomec a installé une ligne de production de jouets électriques à La Souterraine.» Le début des belles années. «En 1987, quand je suis arrivé dans l’entreprise pour travailler sur la presse, ça embauchait à tour de bras, se souvient le syndicaliste de 50 ans. Nous avions un vrai patron, la production s’était diversifiée, on fabriquait des pièces automobiles pour Renault, des cabines de tracteur et des chaudières. Nous étions 400 salariés.»

Quelques années plus tard, l’usine atteint son apogée avec 600 employés. «Le rachat de l’usine par SER a signé le début de la déconfiture, estime Patrick Brun. Ils ont moins investi, on a commencé à délocaliser, à supprimer des emplois.» Le pire est à venir. En 2009, l’entreprise Altia, qui tente de constituer un groupe de sous-traitants de l’automobile, avec le regard bienveillant des constructeurs, rachète l’usine de La Souterraine. Mais le projet tourne vite au fiasco.

Un loyer mensuel de 42 000 € versé à une SCI

«Pendant cinq ans, Altia a prélevé 4 % chaque année sur le chiffre d’affaires d’environ 50 M€. Comment voulez-vous développer l’entreprise ? C’était du pillage.» Selon le syndicaliste, cette stratégie a atteint son paroxysme avec la constitution par Altia d’une SCI pour louer les murs de l’entreprise à l’usine. Montant du loyer mensuel : 42 000 €.

En 2014, le directeur général de Bpifrance, qui a investi 18 M€ dans Altia, Nicolas Dufourcq, lâche ces propos peu flatteurs : «Altia a été construit pour beaucoup sur du sable.» Fin 2014, l’usine est reprise par le groupe italien GM&S. Nouveau repreneur et nouvelle déconvenue puisque aucun investissement n’est réalisé. « De patrons voyous qui voulaient juste encaisser l’argent en mauvaise gestion, voilà où on en est arrivé», tacle Patrick Brun, rempli d’amertume et d’inquiétude pour l’avenir.

[], [], [], [], [], [], []

Facebook Comments

Comments are closed.