Après une année 2013 marquée par de nouvelles acquisitions majeures, le français inventeur du Varilux, premier verre ophtalmique progressif au monde, entend renforcer son avance technologique et ses marges.
Romain Daubry, Bourse Direct Romain Daubry, Bourse Direct

Leader mondial de la conception, de la fabrication et de la commercialisation de verres correcteurs depuis 1980 (près de 90% de son activité), Essilor conçoit aussi des lunettes prémontées (7%) et des équipements de laboratoire de prescription (4%). Multipliant les ouvertures de sites de fabrication et les acquisitions depuis 30 ans, la société domine son marché sur tous les continents avec notamment 35% de son activité en Amérique du Nord, 31% en Europe et 7% en Amérique latine.

Certes, après deux années de forte croissance, son résultat net 2013 a déçu en ne progressant que de 1,6 % à 593 millions d’euros avec un chiffre d’affaires en hausse de seulement 1,5 %, pénalisé par des effets de change défavorables (dollar et real brésilien) alors que son résultat opérationnel était lui aussi attendu plus élevé. Mais la direction a qualifié l’exercice « d’année de consolidation » et a marqué sa confiance par un dividende augmenté de 7% à 0,94 euro.

Les chiffres du 1er trimestre ont confirmé qu’Essilor reprenait le chemin de la croissance (activité en hausse de 3,6% à 1,32 milliard d’euros), soutenue par le dynamisme de ses récentes acquisitions (+6%), et que son niveau de marge s’améliorait (18,1%). En juin dernier, la société a exposé des objectifs ambitieux pour 2018, une croissance de 10% par an et un Ebitda de 2 milliards d’euros (contre 1,15 milliard en 2013).

Pour atteindre ces objectifs, Essilor va se concentrer sur trois axes de développement, les verres solaires, les marchés émergents et la vente en ligne. Dans les verres solaires, l’acquisition de l’italien Intercast, du canadien Suntech Optics, de l’américain Costa et du singapourien Polycore ainsi que les partenariats noués avec le chinois Xiamen Yarui et le brésilien Comprol vont porter son essor et aussi le renforcer dans les zones émergentes.

Une première campagne publicitaire grand public vient d’être lancée en Chine.

La finalisation du rachat de l’américain Transitions Optical et du canadien Coastal.com, leaders mondiaux des verres photochromiques et de la vente en ligne de lunettes et lentilles, va accentuer sa diversification. La commercialisation de lunettes sur le net, qui ne représente actuellement que 4% du marché mondial mais devrait croître de 14% par an, devrait augmenter pour Essilor de 20% par an et atteindre 400 à 500 millions d’euros de revenus en 2018, à la fois par croissance interne et via la poursuite d’acquisitions ciblées.

Actuellement, grâce à un portefeuille de 5.600 brevets (100 déposés par an), 30% de son chiffre d’affaires sont réalisés avec des produits de moins de 3 ans d’existence. Vient récemment d’être commercialisé Optifog Smart Textile, qui permet d’activer les propriétés anti-buée des verres Optifog avec un tissu microfibre sec. Essilor a élaboré un outil de réalité virtuelle qui permet d’évaluer les progrès ophtalmiques et affiner les détails techniques pour les verres complexes. Avec l’Institut de la Vision sont mis au point des produits visant à corriger le vieillissement visuel (verres protégeant des rayons nocifs du soleil, des Leds ou des outils technologiques à l’origine de la cataracte et de la DMLA).

Les récentes acquisitions ont porté la dette de 0,369 milliard d’euros à 1,878 milliard à fin mars 2014 mais les agences de notation comme Moody’s lui conservent une bonne notation de crédit pour sa position de leader dans un marché porteur en cours de redynamisation et pour son historique d’acquisitions réussies. Son solide bilan avec un cash-flow supérieur à 10% du chiffre d’affaires et sa capacité d’adaptation stratégique sont rassurantes. Attendons le 28 août, jour de publication des résultats du 1er semestre.

Essilor International, vue dégagée

Encore considéré comme une valeur refuge, le titre Essilor a été moins affecté que l’indice Cac 40 du dernier retournement à la baisse des marchés. La première impulsion a permis de se rapprocher d’une première zone de soutien majeure à moyen terme située à 66 euros (plus bas à 69,66). Même si un rebond timide a pris forme, nous estimons réel le risque de l’enfoncer dans les prochaines semaines.

C’est pourquoi la stratégie consistera à attendre une réplique baissière équivalente à la hauteur de la dernière figure haussière (88-66).

Compte tenu de cette probabilité, nous reviendrons donc à l’achat sur 54 dans le but de jouer un rebond technique en direction de 66, soit un potentiel de gain de 22%. A noter que les 50% de retracement à la baisse du cycle haussier principal, du plus bas de 2009 jusqu’au triple top mensuel de 2013, se situent à 56.

Le stop de protection sera placé à 48, soit 11% de perte. Il est situé à hauteur d’une ligne de tendance de long terme qui n’a plus été enfoncée depuis avril 2009 et qui est illustrée par la moyenne mobile sur 100 mois pondérée par le volume (en rouge sur le graphique).

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